Arthrose du genou et médecines douces : quelles preuves ?

Arthrose du genou et médecines douces : quelles preuves ?

Le traitement recommandé par les experts pour lutter contre l’arthrose du genou comprend les médicaments antalgiques et anti-inflammatoires, la kinésithérapie, l’exercice et la perte de poids. En complément de ces mesures, les médecines douces peuvent apporter des bénéfices à ses adeptes, mais la preuve scientifique de leur action n’est pas établie et leur innocuité n’est pas toujours assurée. La prudence et le conseil d’un professionnel de santé restent de mise.

Aujourd’hui, 4 Français sur 10  ont recours aux médecines « douces », que l’on appelle aussi « complémentaires », « naturelles » ou « alternatives ». Celles-ci peuvent être utilisées par des personnes atteintes d’arthrose du genou souhaitant renforcer l’effet de leur traitement ou diminuer la dose de médicaments antalgiques. Selon les autorités de santé, elles ne peuvent pas remplacer le traitement conventionnel et les preuves de leur action thérapeutique manquent. Des études sans méthodologie scientifique et les retours d’utilisateurs suggérant toutefois un effet positif de certaines médecines douces, celles-ci ne sont pas rejetées en complément du traitement classique, notamment/y compris pour leur effet placebo. Parmi les plus populaires chez les Français, on trouve :

  • La phytothérapie. Elle se fonde sur l’utilisation des plantes médicinales sous forme orale (tisanes, ampoules à diluer, poudres de plantes ou extraits en gélules…) ou topique (pommades). Différentes plantes ont démontré des effets modérés sur les douleurs ou raideurs d’arthrose des membres, y compris le genou, comme l’harpagophytum (griffe du diable), l’arnica, la prêle, le curcuma ou le saule blanc. Attention, les plantes peuvent interférer avec d’autres traitements et faire l’objet de précautions d’emploi : lisez bien la notice et demandez conseil à votre médecin ou pharmacien.
  • L’acupuncture. Il s’agit d’une méthode héritée de la médecine chinoise qui se base sur la stimulation de points particuliers « d’énergie » du corps à l’aide de fines aiguilles. Elle a montré des bénéfices sur les douleurs de l’arthrose dans différentes études. Cependant, celles-ci n’ont pas obtenu des résultats cliniques significatifs pour une véritable « preuve » de son efficacité. Les experts internationaux en rhumatologie restent donc prudents dans leurs recommandations.
  • L’homéopathie. Elle se base sur un concept de « similitude » développé par Samuel Hahnemann au 18e siècle : des doses infinitésimales d’une substance (minérale, animale ou végétale) permettraient de combattre un symptôme provoqué par cette même substance à forte dose. Ce traitement peut être prescrit par un médecin (homéopathe) ou obtenu en pharmacie sans ordonnance. Causticum, Bryona Alba, Rhus Toxicodendron, Sulfur et Thuya sont notamment proposés en cas d’arthrose. Les célèbres petites granules rondes ont leurs praticiens spécialistes et leurs partisans, mais leur action thérapeutique n’est pas prouvée.
  • La nutrithérapie. Elle se fonde sur l’idée que l’apport complémentaire de micronutriments peut contribuer à prévenir ou à freiner l’évolution de certaines maladies. Dans l’arthrose, des supplémentations de chondroïtine, d’oméga 3, de glucosamine ou de silice, associés à des vitamines et oligo-éléments, sont par exemple proposés. Leur efficacité reste incertaine et les autorités de santé ont interdit toute allégation concernant l’arthrose à la plupart des compléments alimentaires disponibles en France. Les « insaponifiables d’huiles d’avocat » sont considérés comme un traitement d’appoint. Les compléments alimentaires peuvent faire l’objet de précautions d’emploi, demandez conseil à votre pharmacien.
  • La mésothérapie. Mise au point dans les années 50, cette méthode consiste en de multiples injections de faibles doses de médicaments dans la peau de la zone à traiter. Des substances anesthésiques, décontracturantes ou anti-inflammatoires, ainsi que de la calcitonine (hormone qui contribue à la fixation du calcium) et des vitamines sont par exemple utilisées par les praticiens dans l’arthrose du genou. Il n’existe aucune validation scientifique rigoureuse de l’efficacité et de la sécurité de la mésothérapie. Des complications infectieuses ou des réactions allergiques sont possibles.

Gemmothérapie, biomagnétisme, auriculothérapie, massothérapie… Il existe beaucoup d’autres méthodes entrant dans le champ des « médecines alternatives ou complémentaires » (MAC) : près de 400 ont été recensées ! Aucune n’a fait la preuve scientifique de son efficacité dans l’arthrose et leurs pratiques ne sont, pour la majorité d’entre elles, pas réglementées. N’hésitez pas à en parler à votre médecin et à vérifier la fiabilité des praticiens en suivant les conseils de la Miviludes (Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires).

Sources documentaires

  • IFOP : Les Français et les médecines naturelles, étude 2007.
  • McAlindon TE et al. : OARSI guidelines for the non-surgical management of knee osteoarthritis, Osteoarthritis and Cartilage 22 (2014); 363-388.
  • Sayous DJ : L’homéopathie, Ed. Eyrolles 2007.
  • Académie nationale de médecine : Thérapies complémentaires – acupuncture, hypnose, ostéopathie, taï chi – leur place parmi les ressources de soin. Rapport mars 2013.
  • Dragos D, Gilca M, Gaman L, Vlad A, Iosif L, Stoian I, Lupescu O. : Phytomedicine in Joint Disorders. Nutrients. 2017 Jan 16;9(1).
  • Ministère des affaires sociales et de la santé/Inserm : Le point sur la mésothérapie. Décembre 2012.
  • Ministère de la santé et des solidarités : Les pratiques de soin non conventionnelles. MAJ juin 2017

Article publié le 25 octobre 2017 par Emmanuelle Manck, rédactrice scientifique et médicale.